Last update: 02/06/2016 13:53

Ce qui ne va plus dans l'IT

D'un point de vue informatique, un des maux dont souffrait jadis les entreprises était que leur Business se trouvait soumis à l'IT, cantonné dans sa tour d'ivoire, dépendant de son bon vouloir. Le mal dont souffre la plupart des entreprises aujourd'hui est que leur IT est inféodé au Business, soit la situation exactement inverse. Argent oblige.

La bonne position serait que le Business et l'IT travaillent de concert, l'un à donner les directions, l'autre à fournir les moyens de suivre les directions indiquées, les moyens nécessaires au pilotage ET à alimenter le Business avec de nouvelles opportunités technologiques.

Le Business a donc pris nettement le pas sur le Technique — nous ne prônons pas une situation contraire, mais plutôt l'équilibre entre ces deux pôles — et il en ressort que les positions managériales dans le secteur IT exigent de moins en moins de connaissances techniques approfondies. C'est une erreur fondamentale qui pourtant se répète à l'envi dans nombre d'entreprises tant le Business prétent savoir et imposer ce qui est bon pour l'entreprise sans néanmoins savoir comment les choses fonctionnent réellement. Les exemples de cet état de fait sont de plus en plus accablants et etouffants.

C'est un peu comme si on titrait de psychanaliste le premier venu qui se trimballe avec un livre de Freud sous le bras ou de médecin celui qui a nettoyé les couloirs d'un hopital.

Avec l'aveuglement actuel, l'histoire de Nokia serait impossible. Voilà une entreprise qui au fil de son histoire découvre de nouvelles niches et s'y engouffre. De la pâte à bois au téléphone portable … en suivant de nouvelles opportunités technologiques.

Process et ronds-de-cuir

Ne compte plus que le "process", la formalisation des étapes, leur systématisation et leur forme. On parle de méthodologie mais on évite le sujet de l'excellence technique. On parle de "meeting" mais pas de "refactoring". On parle de pourcentages mais pas de succès. On fait des rapports mais plus de logiciel qui marche.

En bref, c'est devenu le règne des ronds-de-cuir qui ne comprennent plus ce qu'ils font mais qui le font suivant les règles que d'autres, souvent plus ignorants encore, ont établies. On ne s'interroge pas sur le bien fondé d'une procédure, surtout lorsqu'elle est confrontée à un contexte spécifique : on exige son application dans tous les cas de figure et celui qui oserait — petit effronté — remettre les "process" en cause est considéré comme le vers à extirper de la pomme.

Ce faisant, ces managers en totale fracture avec le monde de l'informatique actuelle pensent savoir ce qu'est CMMI, Prince2 ou encore ITIL. Ils ont la bouche remplie de termes dont ils ont appris la prononciation mais dont ils ignorent le sens. Ils veulent mettre en place sans avoir fait la place.

Parlez-leur d'"encoding type", de fichier XML, de schéma, de "character set", de "callback", de "time to live" ... ils n'y entendent (plus) rien. Tout ce qu'ils font ils le font parfaitement et correctement (entendez, dans la posologie prescrite par l'organisation) mais ils ne savent plus (l'ont-ils jamais su ?) si c'est vraiment ce qu'il fallait faire. Ils sont incapables de donner le change au Business en lui proposant de nouvelles pistes technologiques. Même dans l'application de process, ils excellent à se perdre en culs-de-sac.

Nous avons vu un chef de département, un fier Hollandais, nous déclarer orgueilleusement que, lui, il ne connaissait rien au "middleware" (dont la division qu'il dirigeait était pourtant en charge) et qu'il en était fier. Pauvre de lui ! Comment pouvait-il défendre des options techniques essentielles vis-à-vis de sa propre hiérarchie? Comment pouvait-il entrevoir de nouveaux débouchés? Impossible naturellement. Mais quel fier "kerel" de pouvoir montrer son petit rapport sur la nouvelle implantation de son équipe. Un powerpoint de 35 slides, remplis de chiffres, avec de belles couleurs, de superbes graphiques sous tous les angles possibles, en 2D, en 3D, réalisé dans le template de la maison. Formidable! Décoiffant son rapport sur l'outsourcing lui qui n'en n'avait jamais fait. Désopilantes ses conclusions sur les horaires de travail. Désarmant à vrai dire.

L'IT c'est une science et un art et donc rigueur et harmonie doivent s'y côtoyer, baignées de connaissance. Il est donc urgent que l'IT ré-apprenne à devenir IT pour pouvoir, enfin, offrir au Business moyens et vision technologique. De la compétence, que diable!

Dernièrement, un chef de projet américain partageait avec nous une satire de la situation que nous décrivons/décrions ici, une satire basée sur le film "A Few Good Men...". Nous ne résistons pas à la mettre en ligne avec beaucoup d'à propos:

Development: "You want answers?"

Marketing: "I think we are entitled to them!"

Development: "You want answers?!"

Marketing: "I want the truth!"

Development: "You can't handle the truth!!!

Son, we live in a world that requires software. And that software must be built by people with elite skills. Who's going to build it? You, Mr. Marketing? You, Mr. Sales? You, Mr. Finance? You, Mr. Human Resources? I don’t think so.

We have a greater responsibility than you can possibly fathom. You scoff at our open work areas and you curse our big screen monitors. You have that luxury. You have the luxury of not knowing what we know - that while the cost of delivering software may be excessive, it drives revenue and saves money. And my very existence, while grotesque and incomprehensible to you, drives BUSINESS!

You don't want to know the truth because deep down in places you don't talk about at staff meetings... you want me managing the project. You NEED me managing the project!

We use words like refactoring, test-driven development, continuous integration, sprint, velocity, and release planning. We use these words as the backbone of a life spent delivering something. You use them as a punch line!

I have neither the time nor inclination to explain myself to people who rise and sleep under the very blanket of software I provide and then question the manner in which I provide it. I would rather you just said "thank you" and went on your way. Otherwise I suggest you log in to a computer and write some code. Either way, I don't give a damn what you think you're entitled to!"

Marketing: "Did you cut the automated, edit sync [insert favorite feature here] feature?"

Development: "I did the job I was hired to do."

Marketing: "Did you cut the automated, edit sync feature?"

Development: "I delivered the release on time."

Marketing: "Did you cut the automated, edit sync feature?"

Development: "You're g%$#@*& right I did!"

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